Certains médicaments ont les mêmes effets qu’une alcoolémie entre 0,5 et 0,8 ‰ !

Alors que le seuil d’épidémie de grippe est atteint dans notre pays, l’institut Vias met en garde contre les effets de certains médicaments sur le comportement au volant. Ainsi, la prise d’un sirop contenant de la codéine peut avoir les mêmes effets qu’une alcoolémie entre 0,5 et 0,8‰, soit de 2 à 10 fois plus de risques d’accidents, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui. Idem pour les personnes qui ont l’habitude de prendre des calmants ou des somnifères, ce qui est le cas d’1 Bruxellois sur 10 et d’1 Wallon sur 12 ! Pour mieux lutter contre les dangers des médicaments au volant, l’institut Vias formule plusieurs recommandations dont l’apposition de pictogrammes sur les boîtes afin de classifier les médicaments en fonction de leurs effets sur le comportement au volant.

Les médicaments qui peuvent influencer les capacités de conduite sont surtout les benzodiazépines (somnifères, calmants, antiépileptiques), les antalgiques (antidouleurs, codéine), les antidépresseurs, les antipsychotiques, les gouttes pour les yeux et les antihistaminiques.

De 2 à 10 fois plus de risques d’accidents

Les somnifères et tranquillisants, ainsi que les antalgiques forts, induisent notamment la somnolence, la distraction, une baisse de la coordination et une réduction des capacités de réaction. Leur consommation peut multiplier le risque d’accident par 2 à 10, soit un effet comparable à une alcoolémie entre 0,5 et 0,8‰. En cas de consommation combinée de médicaments et d’alcool, le risque est alors de 20 à 200 fois plus élevé ! Le risque est plus important pour les consommateurs occasionnels et débutants que pour les consommateurs chroniques, ainsi que lorsqu’on combine plusieurs de ces médicaments.

1 jeune conducteur sur 6 prend des calmants

Plus de 6% des Belges avouent conduire au moins une fois par mois sous l’influence de calmants ou de somnifères. Contrairement aux idées reçues, les jeunes de moins de 35 ans (13%) et, plus particulièrement, les jeunes hommes (18%) sont beaucoup plus concernés par cette problématique que les plus de 55 ans (2%). La conduite sous l’influence de ces médicaments est plus répandue à Bruxelles (10%) et en Wallonie (8%) qu’en Flandre (5%).

Une enquête européenne à laquelle ont participé 11 pays montre par ailleurs que le Belge est, après le Français et l’Allemand, celui qui déclare prendre le plus souvent le volant sous l’influence de médicaments susceptibles d’altérer la vigilance : 10% le font, soit 2 fois plus qu’aux Pays-Bas (5%) et 3 fois plus qu’en Grande-Bretagne (3%) par exemple.

Entre 1100 et 1500 accidents chaque année

Selon une étude française, la prise de médicaments à risque serait responsable de 3 à 4% de l'ensemble des accidents de la circulation. A l’échelle de la Belgique, cela signifierait qu’entre 1100 et 1500 accidents seraient dus à la prise de médicaments.

Une étude menée il y a quelques années auprès des services d’urgence de certains hôpitaux montrait que plus de 7% des automobilistes gravement blessés dans un accident de la route étaient sous l’influence de somnifères ou calmants et plus de 3% sous l’influence de codéine.

Que dit la loi ?

Contrairement à l’alcool ou aux drogues, il n’existe pas de « médicatest » qui permet aux policiers de détecter les conducteurs sous l’influence de médicaments. Néanmoins, la « conduite dans un état analogue à l’ivresse résultant de l’emploi de médicaments » est punissable d’une amende de 1600 à 16.000 € et d’une déchéance du droit de conduire de 1 mois à 5 ans voire définitive. L’état physique et psychique du conducteur d’un véhicule doit par ailleurs être conforme aux normes médicales minimales. S’il prend régulièrement des médicaments susceptibles de perturber son aptitude à la conduite ou si les quantités prises altèrent sa façon de conduire, il n’est plus apte à conduire !

Recommandations de l’institut Vias

1) Mise en place d’un système de catégorisation des risques sur la conduite automobile suivant 4 degrés de dangerosité, concrétisé par l’apposition de pictogrammes sur les médicaments (de 0 pour les médicaments sans le moindre effet à 3 pour ceux qui peuvent rendre la conduite dangereuse).

2) Développement d’un outil informatique pour les médecins et les pharmaciens afin qu’ils reçoivent un avertissement lorsqu’ils prescrivent ou délivrent un médicament pouvant avoir un effet négatif sur le comportement au volant.

3) Amélioration des notices d’utilisation des médicaments afin qu’elles reprennent plus clairement les informations liées à la conduite automobile. Aujourd’hui, elles sont perdues dans la masse d’informations générales.

 

Vous prenez des médicaments ? Les 10 règles d'or…

1.      Lisez attentivement la notice d’utilisation et, en particulier, les contre-indications en cas de conduite d’un véhicule.

2.      N’utilisez jamais un médicament prescrit pour une connaissance. Ce qui peut être bon pour une personne ne l’est pas nécessairement pour une autre.

3.      Evitez de consommer de l'alcool, même de manière modérée. Ses effets indésirables sur la perception et la concentration se renforcent.

4.      Evitez si possible d'entreprendre de longs trajets ou de conduire la nuit.

5.      Soyez particulièrement attentif en début de traitement, en cas de dépassement de la dose autorisée ou si vous combinez plusieurs médicaments.

6.      Prenez toujours les doses prescrites et respectez les heures et les conditions de prise.

7.      En cas de doute sur les effets secondaires, n’hésitez pas à demander conseil à votre médecin ou votre pharmacien. Signalez-leur que vous conduisez.

8.      Arrêtez de conduire dès que vous constatez des effets secondaires (difficultés à rester éveillé ou à vous concentrer, vertiges, troubles de la vue, etc.). Il se peut que vous ne remarquiez pas ces signes, mais que d'autres personnes les voient et vous alertent. Écoutez-les.

9.      Ne buvez pas de café pour combattre les effets secondaires d’un médicament. Cela ne sert à rien.

10.   Vous êtes un professionnel de la route (chauffeur de camion, de bus…) ? Rappelez-le à votre médecin lorsqu’il vous prescrit des médicaments.

L’un des médecins du Cara, Peter Vander Eeckt, livre son témoignage dans un petit film à propos des effets des médicaments sur la conduite automobile :

Personne de contact:

Benoit GODART, porte-parole Institut Vias: 02/244.15.34 ou 0476/24.67.20